La loi des séries continue…

Nous sommes déjà mi-juillet. Après un au revoir à Swakopmund, nous nous dirigeons vers le sud en longeant la côte. Dès la sortie de la ville, nous nous retrouvons au milieu du désert, longeant les magnifiques dunes du Namib. Sur notre route, Walis Bay, LA ville portuaire de Namibie. Ancien port stratégique de l’Afrique australe, c’est la dernière ville a avoir été cédée par l’Afrique du sud quelques années après l’indépendance de la Namibie. D’après Patrick et Petra, qui y sont déjà passés avant notre arrivée, la ville n’a pas de charme particulier, à part pour une virée en bateau pour voir les otaries. Nous ne nous y arrêterons pas. Nous poursuivons notre route dans le désert, donnant lieu à de magnifiques images de sable, soufflé par le vent en travers du bitume. Portés par le son de la musique namibienne (achetée lors de notre étape à Swakopmund), nous restons sans voix devant cette nature sauvage et vide de présence humaine.

Malheureusement, notre trajet sera gâché par un nouvel incident… Un nouveau bruit de vaisselle à l’arrière du véhicule attire notre attention. Une des lames de suspension arrière gauche s’est brisée. Pour la 3ème fois, nous contactons notre agence de location préférée, qui commence à bien nous connaître. Celle-ci nous conseille de nous rendre dans un des lodges sur la route qui possède un garage, afin de retirer cette lame. Sur la route, démoralisés une nouvelle fois, nous croisons la ville de Solitaire. Nouvel oasis au milieu du désert avec comme décor d’entrée des vieilles voitures cassées et plantées au milieu des cactus, on se croirait débarqués au Far-West. Ce petit oasis cache un petit trésor de gourmandise puisqu’une équipe de 4 boulangers travaille d’arrache pied toute la journée pour fournir aux touristes affamés (ou juste gourmands) des pâtisseries et viennoiseries dignes des meilleurs boulangers d’Europe et à des prix dérisoires !!! Au menu : muffins gigantesques, appfelstrudel, brownies, crumble…. Devant un nouveau coup dur mécanique, il faut bien trouver une consolation !!! Après ce réconfort, nous continuons notre route vers le Naukluft à la recherche du garage. Mais après plus de 50 km, toujours aucun lodge du nom fourni par l’agence de location. Nous les appelons pour leur demander des compléments d’informations avant de nous rendre compte que depuis Solitaire, nous roulons dans la mauvaise direction… Erreur de pilotage heureusement sans conséquence car nous trouvons un autre garage qui nous répare la voiture en un quart d’heure. Plus de peur que de mal, toujours rien a payer a priori, mais quand même, 3 réparations en 4 jours, cela devient à la fois bizarre et extrêmement énervant !!!

Sur la route, nous profitons des derniers rayons du soleil qui colorent les montagnes du Naukluft de magnifiques teintes rosées à mauves et arrivons de nuit dans le Parc national de Naukluft avec des zèbres comme comité d’accueil. Ce parc étant réputé pour ses treks, nous nous y poserons 3 nuits. Qui dit pause, dit pas besoin d’utiliser la voiture, et donc a priori pas de problème avec elle !!

Le lendemain, nous programmons de faire « l’Olive trail », une marche de 4 heures au milieu des gorges du Naukluft. Nous débutons par l’ascension d’un pent de montagne donnant lieu à un magnifique point de vue sur le massif en plateau. Nous poursuivons la marche dans les gorges d’une rivière asséchée. Plus nous avançons, plus le canyon est profond, laissant difficilement entrer les rayons du soleil. La végétation typique est composée de cactus et de quivertree (sorte d’aloe dont le tronc est creux pour stocker l’eau permettant à la plante de survivre malgré un temps extrêmement sec).
Sur le chemin, nous sommes obligés de passer une petite piscine d’eau stagnante à l’aide d’une chaîne accrochée à même la roche sans possibilité d’appui pour les pieds. Résultat des courses, une chute avec salto arrière de 3 mètres de hauteur, pour finir sur les 2 pieds dans l’eau. Laure, le temps d’une fraction de seconde se retrouve la tête en bas. Heureusement, Simon est présent et rétablit la situation on ne sait trop comment permettant d’amortir la chute et le choc. Mais pris par l’élan, nous tombons tous les 2 dans l’eau stagnante dont nous sortons au plus vite. Au bilan, plus de peur que de mal, seulement quelques égratignures, des habits mouillés et surtout une très grosse frayeur !!! Refroidis au sens propre comme au figuré, nous finirons la marche sans entrain encore sous le choc de la tournure qu’aurait pu prendre cette randonnée sans prétention.

Notre deuxième journée nous permet de faire une balade de 7-8h le long de la rivière Naukluft. Le cadre se révèle un peu moins spectaculaire que la veille mais la rivière n’étant pas asséchée, cela nous permet de profiter de belles piscines naturelles. La pause pique-nique sur un des sommets nous offre un magnifique panorama du massif. Des montagnes à perte de vue et rien d’autre, pas une route, pas une maison, pas un signe de trace humaine. Sur la fin, la randonnée se révèle assez fastidieuse puisque nous sommes régulièrement obligés de chercher notre chemin pour traverser la rivière et que le terrain est assez accidenté. Nous imaginons déjà notre apéritif bien mérité au campement profitant des derniers rayons du soleil. Mais à notre arrivée à la voiture, c’est de nouveau le choc !!! Notre voiture a été pillée. Les gardes du parc nous avait averti du risque potentiel, mais malgré nos précautions, tout est sans dessus dessous. Même sans utiliser la voiture, nous parvenons à avoir des ennuis. Nous avons même retrouvé, après enquête, des empreintes sur notre capot qui ne font aucun doute sur les coupables. Vous vous demandez qui sont ces voleurs ? Rassurez vous, simplement des babouins affamés… Ils ont réussi à ouvrir un clapet présent sur le coté du coffre et à accéder à toute la nourriture qui était à portée de bras. Nous avons donc perdu dans la bataille et eux ont gagné dans leur ventre, 6 carottes, 1 poivron, 4 tomates, et 4 paquets de chips. Par contre ils n’aiment ni l’oignon, ni le gingembre ni l’ail qui se sont retrouvés sur le toit de la voiture… Bref tout ça pour dire que notre apéro tant espéré a été largement compromis : plus un seul paquet de chips à se mettre sous la dent ! Heureusement, à part que la voiture est crado, ils n’ont rien endommagé.


 Le lendemain, nous quittons le parc de Naukluft pour Sesriem, dans le désert du Namib. Notre arrivée de bonne heure nous permet de débuter la visite. Nous partons donc pour les dunes de sables en direction de Sossusvlei. La route est goudronnée, nous sommes dans un des lieux les plus touristiques de Namibie. La vitesse étant limitée à 60km/h, nous avons tout le temps d’apprécier les paysages hallucinants qui se déroulent devant nous : les dunes de sable rouge, les arbres morts sur le lit de la rivière asséchée, le serpent de verdure sur son nouveau lit. Une nouvelle fois, la nature s’impose et nous laisse bouche bée. Après avoir aperçu, sans s’y attarder, la très fameuse Dune 45, réputée pourses levers et couchers de soleil, nous arrivons à nos 5 derniers kilomètres avant Sossusvlei. En bord de route, un petit panneau : « 4×4 only ». Nous sommes peu inquiets, nous avons déjà roulé dans du sable à Purros et surtout c’est une route très empruntée compte tenu qu’il s’agit du lieu le plus touristique de Namibie, le peu de sable doit être bien tassé… Excès de confiance qui nous coûtera cher, 500m plus tard, nous voilà ensablés !! Après un demi-tour effectué par un des conducteurs des navettes du parc, nous repartons en sens inverse et décidons de faire la route le lendemain à pied. Le problème est que le retour s’avère tout aussi, voire plus difficile. Après 2 autres ensablements, une forte odeur de caoutchouc brûlé se dégage du moteur. A la sortie de la piste, la voiture ne veut tout simplement plus avancer… Diagnostic des locaux : « the clutch is burn, you can’t do anything ». Le constat est simple mais il nous met à terre. Nous n’en pouvons plus des pannes mécaniques. Nous nous faisons remorquer sur 60 km pour ramener la voiture au camping. Pour la 4ème fois, « Patrick is calling » et notre agence commence à réellement se demander comment nous conduisons (pourtant on vous jure qu’on a été prudents et jamais excessifs). Mais les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là. Non seulement, le véhicule est inutilisable mais le véritable souci de cet incident est que sur notre contrat (lu rapidement mais surtout oublié entre temps), il est clairement stipulé que si nous roulons sur cette portion de piste précisément, c’est à notre propre risque. Autrement dit, tout est pour notre pomme dans cette histoire. Or après avoir discuté avec l’agence de location, il s’avère que la réparation du véhicule ne peut se faire qu’à Windhoek. Nous devons donc payer le remorquage, la pièce et la main d’oeuvre. Total des frais estimé : 900 euros…… S’ajoute à cela un petit souci technique, la dépanneuse ne peut prendre que 2 personnes. les autres doivent, soit rester dans le parc et les autres reviendront les chercher (pour l’info, le parc est à 300 km de la capitale) soit prendre une navette jusqu’à Windhoek proposée par l’agence de location pour la modique somme de 400 euros!!! La loi des séries finit de nous achever..


Le lendemain, après concertation collective, Simon se dévoue gentiment pour rester au camp gérer les impératifs liés à la voiture tandis que Laure, Patrick et Petra vont profiter des dunes de Sossusvlei, l’endroit tant rêvé, tant attendu… Grâce aux navettes du parc, nos 3 acolytes débarquent au pied de Big Daddy juste après le lever du soleil. Le froid glacial du climat austral se dissipe rapidement lors de l’ascension. Le sable qui s’enfonce sous les pieds rend la montée fatiguante mais que dire de ce paysage. Une nouvelle fois, les mots me manquent devant tant de splendeur, devant cette immensité qui s’offre à nous. De là-haut, le sentiment est paradoxal : tout en ayant l’impression de dominer le monde au sommet de Big Daddy, nous nous sentons tout petit devant cette nature grandiose. Après un long moment passé à profiter pleinement du panorama, nous descendons vers l’un des lieux les plus esthétiques de Namibie voire de la planète : le lac asséché et ses arbres morts. Malgré les nombreuses photos et cartes postales déjà vues, nous ne sommes pas déçus pour le moins du monde. Cette vaste étendue blanche qui contraste avec le sable rouge des dunes qui la surplombe, le bleu profond du ciel qui s’étend à l’infini, le tout rehaussé par la noirceur des arbres morts qui règnent, stoïques créant une ambiance à la fois fantomatique et terriblement esthétique. Le temps semble s’arrêter l’espace d’un instant, le tableau est parfait. C’est décidé, Simon ne pourra pas partir sans avoir vu tout cela…

… Seulement, le sort en décidera autrement. En effet, après un passage près du point d’eau de Sossusvlei, étonnant havre de fraîcheur au milieu du désert, le retour au camp est plombé par les mauvaises nouvelles concernant la voiture. La voiture devient la priorité, il faut rentrer tous les 4 à Windhoek. Comment ? On ne sait pas encore bien, nous explorons toutes les pistes. Bien heureusement pour nous, le lendemain, le conducteur de la dépanneuse se révèle très aidant. Sans même avoir besoin d’en discuter, il nous propose que 2 personnes montent dans la voiture pendant que 2 viennent avec lui. Fini le problème du campement, fini le problème de la navette si chère ou du stop. Nous partons donc tous les 4 pour Windhoek, Patrick et Petra avec le chauffeur, Laure et Simon dans le 4×4. Notre route passant par Solitaire, nous sommes obligés de faire un nouveau « stop-pâtisserie » pour nous réconforter !

Sur la route, les regards sont surpris puis rieurs de nous voir dans la voiture.
L’arrivée à Windhoek devient un peu plus chaotique, puisque notre chauffeur nous dit qu’il y a 2 contrôles de police et que nous n’avons, en fait, pas le droit d’être dans la voiture remorquée ! Il nous demande donc de nous cacher à l’arrière de la voiture pour ne pas que la police nous donne une amende. La tuile ! Après, 10 minutes de stress, ridiculement planqués sous des serviettes à l’arrière de la voiture, nous arrivons au garage, sans avoir était contrôlé. Nous nous souviendrons longtemps de ce voyage riche en émotions et en rebondissements. La soirée se finit par LA rencontre avec le patron de l’agence de location. Son discours sera surtout moralisateur. Il nous accuse tout d’abord d’avoir abusé, je cite, de la « moindre intelligence que la nôtre » du conducteur (qui est bien évidemment noir) pour enfreindre les lois du pays… Nous restons sous le choc pendant qu’il nous sermonne sur quelques écarts de notre conduite. En effet, nous avions également oublié que sur le contrat que nous avons signé, l’agence se donne le droit d’exploiter les données enregistrées (G.P.S., vitesse,…) sur notre véhicule. Nous avons donc devant nous un dossier avec notre trajet au mètre et à la minute près. Un sentiment d’effroi nous traverse comme si nous étions plongés dans un film fantastique du genre « Bienvenue à Gattaca » ! Sauf qu’ici c’est « Bienvenue en Namibie », cela vous en coûtera 1000 € ! Nous repartons de l’agence avec la peur qu’il nous prenne également la caution pour avoir roulé un peu vite sur certaines portions et pris des routes « non autorisées » par l’agence.

Nous nous consolons le soir en essayant, malgré cet épisode, de pré-féter les 30 ans de Pétra dans un bon restaurant africain de la capitale. Nous espérons récupérer au plus vite la voiture pour profiter des 4 jours qui nous restent avant de la rendre définitivement…

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